Le président Paul Biya a nommé plusieurs figures influentes, dont des chefs traditionnels, des ministres et des hommes d’affaires, au sein du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), son parti. Cette décision, officialisée dans un communiqué daté du 25 mars et rendu public le 27 mars, intervient à quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre, où Biya, 92 ans, pourrait briguer un nouveau mandat après 42 ans au pouvoir.
Des rois et sultans en première ligne
Parmi les nouveaux membres figurent des chefs traditionnels emblématiques :
- Le Fon de Mankon (Nord-Ouest), Sa Majesté Angwafor Fru Asa, dont le royaume soutient historiquement Biya. Son père, Feu Fon Angwafor III, vice-président national du RDPC de 1990 à 2022, était un farouche opposant aux séparatistes anglophones.
- Le sultan des Bamouns, Nabil Mbombo Njoya
- Les lamidos de Maroua (Abdoulaye Yerima Bakari) et de Garoua (Ibrahim El Rachidine).
Ces nominations soulèvent des critiques, alors que l’association nationale des chefs traditionnels a déjà apporté son soutien à Biya. Beaucoup dénoncent une politisation croissante des autorités coutumières, censées rester neutres.
Ministres et milliardaires mobilisés
Le comité central accueille aussi plusieurs membres du gouvernement :
- Nalova Lyonga (Enseignements secondaires)
- Joseph Beti Asomo (Défense)
- Minette Libom Likeng (Postes et Télécoms)
- Jean Massina Ngalle Bibehe (Transports)
Des dirigeants d’entreprises publiques et de structures clés complètent la liste, comme Judith Yah Sunday (Camtel) ou Véronique Moampea Mbio (Société camerounaise des dépôts pétroliers).
Côté business, Biya s’est assuré le soutien de milliardaires proches du régime :
- Bernard Fongang(PDG de SOTRAFIC, propriétaire de l’hôtel Planet à Douala)
- Albert Kouinche(PDG d’Express Union et du Crédit Foncier)
- Aboubakar al-Fatih(patron de Cameroun Vert SA, impliqué dans une polémique sur l’accaparement de terres en 2020)
Objectif : verrouiller la présidentielle
Ce comité central aura pour missions clés :
- Élaborer la stratégie électorale du RDPC
- Coordonner le financement de la campagne
- Imposer la vision du parti sur le terrain
Une manœuvre perçue comme une préparation en vue d’une énième candidature de Biya, dont les militants réclament ardemment la prolongation au pouvoir. Lors du 40e anniversaire du RDPC, ils ont promis une « victoire écrasante » en octobre.
Controverse et opacité
L’entrée d’Aboubakar al-Fatih au comité relance les interrogations sur ses projets agro-industriels controversés. Quant à Moctar Hamadama, ex-vice-président de la Chambre de commerce, il incarne l’ancrage du RDPC dans l’économie formelle.
Avec cette refonte, Biya verrouille les leviers financiers, politiques et traditionnels, tandis que l’opposition dénonce un détournement des institutions à des fins partisanes. Reste à voir si les Camerounais, lassés par quatre décennies de règne, adhéreront à ce scénario.















