Des membres de Boko Haram, déguisés en éleveurs et marchands, ont lancé une attaque surprise contre des positions militaires dans la ville frontalière nigériane de Wulgo, faisant au moins 20 morts parmi les troupes camerounaises lors d’un raid nocturne d’une rare violence. Des sources sécuritaires locales et des habitants ont confirmé l’assaut, survenu aux premières heures du mardi 25 mars 2025.
Selon des sources proches des services de renseignement engagés contre les insurgés, les assaillants s’étaient mêlés aux éleveurs présents au marché hebdomadaire de Gamboru, un carrefour commercial situé à 15 kilomètres de Wulgo, avant d’infiltrer la ville sous le couvert de la nuit.
« Les insurgés ont attaqué les bases vers 1h du matin. Les combats ont duré deux heures avant qu’ils ne neutralisent les soldats, incendient les installations et emportent des armes lourdes », a raconté à MMI l’une de ces sources, sous couvert d’anonymat.
Les forces camerounaises sont régulièrement déployées au-delà de la frontière, dans le cadre des opérations anti-jihadistes menées autour de Wulgo, une zone proche du lac Tchad, théâtre d’affrontements récurrents entre Boko Haram et la branche locale de l’État islamique (Iswap).
Bases militaires pillées, armes saisies
Les témoignages de résidents et de membres des forces de sécurité décrivent une scène de désolation. Une deuxième source sécuritaire a confirmé le bilan humain et précisé que les combattants avaient saisi un stock d’armes, dont des canons anti-aériens Shilka d’origine soviétique.
À Gamboru, où des habitants veillaient pour le ramadan, des coups de feu et des explosions ont retenti. « J’ai vu trois camions militaires camerounais transporter 13 corps vers le Cameroun ce matin », a rapporté Muhammad Sani Umar, un habitant de Gamboru qui s’est rendu sur place après l’attaque. « Les bases attaquées étaient dévastées : bâtiments calcinés, véhicules réduits en cendres… »
Ce raid s’inscrit dans une escalade d’attaques dans la région du lac Tchad, où Boko Haram et l’Iswap continuent de semer l’insécurité. Depuis 2009, les violences jihadistes ont fait 40 000 morts et 2,3 millions de déplacés au nord-est du Nigeria, avant de gagner les pays voisins.
Une région sous tension
Le bassin du lac Tchad – à cheval entre le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun – est devenu un refuge pour les groupes armés, paralysant les activités de pêche, d’agriculture et d’élevage dont dépendent près de 40 millions de personnes.
Les tensions au sein de la coalition multinationale luttant contre les insurgés aggravent la crise. Les relations entre le Nigeria et le Niger, par exemple, se sont dégradées depuis le coup d’État de 2023 à Niamey, entravant les efforts militaires coordonnés.
Boko Haram, chassé en 2021 de sa forteresse de Sambisa (Nigeria) par l’Iswap, s’est depuis replié autour du lac Tchad, notamment à Wulgo, Waza, Gwoza, Pulka et dans les monts Mandara, à la frontière camerounaise.
Wulgo et Waza subissent régulièrement des attaques ciblant bûcherons, éleveurs ou ferrailleurs, accusés de collaborer avec les forces de sécurité. Certains ont été enlevés ou exécutés.
Une violence jihadiste qui s’intensifie
L’attaque de Wulgo fait suite à une série d’incidents sanglants. Début 2025, des affrontements entre Boko Haram et l’armée nigériane près de Baga ont coûté la vie à neuf soldats. Quelques jours plus tard, l’Iswap a massacré entre 40 et 100 agriculteurs à Tumbun Kanta et Kwatar Yobe.
Wulgo elle-même n’en est pas à son premier drame : en mars 2021, deux soldats camerounais y avaient été tués dans une embuscade, tandis que trois autres militaires et un soldat nigérian étaient blessés.
Alors que Boko Haram et l’Iswap poursuivent leur insurrection, ce dernier raid rappelle la menace persistante qui pèse sur les civils et les forces de sécurité dans une région où la paix reste un mirage.















