Deux ans après l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, l’étau se resserre autour des puissants impliqués. Le clan de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence camerounaise, vient d’avouer avoir manipulé l’opinion pour bloquer la libération de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et de l’ex-patron du renseignement Léopold Maxime Eko Eko. Une révélation explosive, portée par des documents confidentiels et les enquêtes du journaliste Boris Bertolt.
Tout commence avec l’ordonnance du juge Sikati, datée du 3 décembre 2023, exigeant la libération des deux hommes. Le ministère de la Défense a d’abord crié au « faux », mais les preuves s’accumulent : deux courriers officiels, rédigés le lendemain même et adressés à Ferdinand Ngoh Ngoh, confirment l’authenticité de la décision judiciaire. Signés par Ghoumo Jean Pierre (DGRE) et Galax Etoga (SED), proches du secrétaire général, ces documents dévoilent une stratégie de désinformation orchestrée depuis les hautes sphères.
Pire : dans l’un des courriers, on lit noir sur blanc que la présidence a « réussi à faire croire à l’opinion que l’ordonnance était un faux », grâce à un démenti du juge Sikati lui-même, publié « sur instructions du ministère de la Défense ». Traduction : l’État reconnaît, sans fard, avoir menti au peuple. Et si le gouvernement a triché sur ce point, jusqu’où est-il allé ailleurs ?
L’ombre de Ferdinand Ngoh Ngoh et ses « poulains »
Galax Etoga, ancien coursier de Ngoh Ngoh devenu patron de la gendarmerie, est au cœur du scandale. Malgré des moyens colossaux (géolocalisation, surveillance), lui et ses équipes n’avaient « jamais identifié » Martin Savom, le bras droit de Ngoh Ngoh, pourtant inculpé pour l’assassinat de Zogo. C’est le juge Sikati qui l’a démasqué… avant de se faire limoger sous les menaces.
Dans les courriers, Etoga et Ghoumo Jean Pierre accusent aussi Sikati d’avoir touché des « sommes faramineuses » pour libérer Belinga et Eko Eko. Des allégations basées sur… des rumeurs. « Aucune preuve », insiste Bertolt, qui révèle que ces mêmes services espionnaient le juge. Ironie cruelle : ceux qui le surveillaient sont ceux qui l’accusaient.
Menaces, chantage et « déballage »
L’affaire sent le soufre. Amougou Belinga aurait menacé de « déballer » des secrets s’il restait en détention. De quoi expliquer ce « coup de force judiciaire » pour le faire taire ? Pendant ce temps, Sikati, seul juge à avoir osé défier le système, est évincé. Ses « amis » à la présidence, comme Ngoh Ngoh, ont veillé à son éviction.
Aujourd’hui, les questions brûlent : qui a vraiment commandité l’assassinat de Zogo ? Pourquoi tant d’efforts pour étouffer l’enquête ? Et surtout, jusqu’à quand les Camerounais devront-ils avaler les mensonges d’un pouvoir qui joue avec le feu ?















