Lancé le 21 octobre 2026 à Yaoundé avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, le Pacte AgriConnect veut accélérer les investissements dans huit filières agroalimentaires. Le gouvernement en attend plus de production locale, moins d’importations et davantage d’emplois. Pour 2026-2030, le programme prévoit 24 interventions, pour un besoin d’environ 1 120 milliards de FCFA.
Le secteur agroalimentaire représente environ 17 % du produit intérieur brut (PIB) du Cameroun. Il fait vivre près de 4,7 millions de personnes, soit 42 % de la population active. L’agriculture fournit aussi plus de la moitié des recettes d’exportation hors pétrole. Le pays continue pourtant d’importer une part importante des denrées qu’il consomme. Ces achats pèsent en moyenne 3,5 % du PIB chaque année, selon les données présentées dans le cadre du Pacte.
Le programme cible le maïs, le riz, le manioc, le palmier à huile, le cacao, le soja, les produits laitiers, ainsi que la pêche et l’aquaculture. Il veut y stimuler la production, développer la transformation et élargir les débouchés des producteurs.
À l’horizon 2030, le Pacte vise 6 millions de tonnes de maïs et 800 000 tonnes d’huile de palme par an. Il ambitionne de couvrir 55 % de la demande nationale de riz et 60 % des besoins en lait. La production halieutique devrait atteindre 450 530 tonnes.
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Le maïs donne la mesure de l’effort. La production était estimée entre 2,36 et 2,4 millions de tonnes en 2025. Le pays a importé la même année 72 628 tonnes, pour une facture de 10,3 milliards de FCFA. Atteindre 6 millions de tonnes suppose donc de plus que doubler les volumes disponibles.
Le palmier à huile révèle un écart comparable. La production locale atteignait environ 446 984 tonnes en 2024, face à une demande supérieure à un million de tonnes par an. Certaines estimations la situent à 1,18 million.
Le cacao, lui, recule. La campagne 2025-2026 a livré 247 914 tonnes de fèves, le plus faible résultat des cinq dernières saisons, contre 295 164 tonnes en 2021-2022.
Le riz illustre le mieux les difficultés de la substitution aux importations. Dans un entretien à Cameroon Tribune le 13 mai 2026, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, situait la production annuelle autour de 140 000 tonnes, soit près du quart de la demande. D’autres données sectorielles évoquent environ 330 000 tonnes de riz paddy en 2025.
La production de riz blanchi est passée de 339 076 tonnes en 2017 à 315 500 tonnes en 2023, selon le Programme intégré de substitution des importations agricoles et halieutiques. Ces séries mesurent des produits et des indicateurs différents. Il faudra les harmoniser pour établir le vrai niveau d’autosuffisance.
La facture, elle, reste lourde. Selon l’Institut national de la statistique, les achats de riz à l’étranger ont coûté 268,7 milliards de FCFA en 2025, soit 5,1 % des dépenses d’importation. Ils ont pourtant baissé de 15,6 % par rapport à 2024.
VINGT-QUATRE INTERVENTIONS, UN FINANCEMENT À BOUCLER
Le Pacte couvre les semences, la mécanisation, l’irrigation, les infrastructures rurales, la transformation, la chaîne du froid, le numérique, le foncier, les réformes réglementaires et le financement.
Les actions déjà chiffrées exigent environ 1,87 milliard de dollars, soit près de 1 120 milliards de FCFA, sur 2026-2030, selon les données communiquées par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Ce montant correspond aux besoins estimés. Il ne prouve pas que les financements sont réunis.
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Trois piliers structurent le dispositif. Le premier consolide les moyens de production et les infrastructures. Le deuxième porte sur les réformes des politiques sectorielles. Le troisième facilite l’accès des producteurs et des entreprises au financement.
Le Pacte mobilise le Groupe de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne, l’Agence française de développement, le FIDA et l’Agence japonaise de coopération internationale.
Les organisations de producteurs et le secteur privé participent à son élaboration. Les centres de recherche, les universités et les établissements de formation apporteront leur expertise sur les technologies, les normes, les statistiques et le renforcement des capacités.
Le ministre y voit un moyen de concentrer les ressources sur des priorités nationales. « Le Pacte AgriConnect est pleinement aligné sur notre vision de développement à long terme énoncée dans la SND30 », a déclaré Alamine Ousmane Mey, en référence à la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Il décrit une plateforme chargée de rapprocher les ressources nationales et internationales autour d’objectifs communs.
Le FIDA entend s’appuyer sur ses projets en cours. Le PADFA II intervient dans le riz et l’oignon. L’Acregir (Accroître la résilience des communautés locales au changement climatique grâce à l’entrepreneuriat des jeunes et à la gestion intégrée des ressources naturelles), un projet du Minepat de développement et de protection de l’environnement au Cameroun, soutient l’éco-entrepreneuriat et la résilience climatique.
Le Projet pilote d’appui à l’intensification durable de l’agriculture et à la transition agroécologique (Paidata) accompagne l’intensification agricole et la transition agroécologique dans le cacao et le café. Le PEA-Jeunes II cible l’entrepreneuriat agropastoral des jeunes et des femmes.
TRANSFORMER LES VOLUMES EN REVENUS
Produire davantage ne suffira pas. Les producteurs auront besoin d’intrants de qualité, d’équipements adaptés, de financements et de circuits de vente rémunérateurs. Les transformateurs réclameront des matières premières régulières, des infrastructures fiables et des capacités industrielles.
L’emploi reste le point le moins documenté. Le Pacte promet des débouchés aux jeunes et aux femmes, mais les données présentées n’indiquent pas le nombre d’emplois attendus d’ici à 2030.
Le suivi devra donc dépasser les statistiques de production. Il devra mesurer les activités créées, les revenus agricoles, la transformation locale et la part de valeur ajoutée conservée par les acteurs camerounais. « L’agriculture camerounaise peut nourrir le Cameroun, créer des opportunités pour sa jeunesse et devenir un moteur de prospérité partagée », estime Cheick F. Kanté, directeur de division à la Banque mondiale. Eric Rwabidadi, directeur pays du FIDA, insiste pour sa part sur l’entrepreneuriat agropastoral, l’accès au financement rural et la résilience face aux changements climatiques.
Par Fabrice BELOKO
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