Après dix ans d’Accord de partenariat économique avec l’Union européenne et une succession de programmes d’appui, le défi reste le même pour les PME camerounaises. Réduire leurs coûts, gagner en productivité et accéder aux marchés pour transformer l’ouverture européenne en véritable avantage économique.
Le partenariat Cameroun-UE entre dans une nouvelle phase. Reçu le 19 août à Yaoundé par le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, l’ambassadeur de l’Union européenne, Jean-Marc Châtaigner, a fait le point sur plusieurs années de coopération. La Bourse de sous-traitance et de partenariat (BSTP), les Centres de formalités de création d’entreprises (CFCE), le projet e-régulation avec Mybusiness.cm, le Programme d’appui au développement des PME agricoles et agroalimentaires (PMEAA), le Dispositif d’appui à la compétitivité du Cameroun (DACC), le Programme d’appui et de soutien à l’Accord de partenariat économique (PASAPE) et, plus récemment, le Programme d’appui au développement économique par la promotion des chaînes de valeur et de l’initiative privée (PAD-CV), lancé en 2024, composent un dispositif étoffé. S’y ajoutent le Programme d’accélération numérique du Cameroun et Digital Business Boost for Africa, introduits en 2026.
Mais le ministre veut désormais des résultats en matière de transformation productive. Il plaide pour davantage de productivité, d’innovation, de digitalisation et de conformité aux standards internationaux. Dans le cadre du PAD-CV, un appel à projets lancé le 10 juillet 2026 par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) prévoit la sélection de 200 projets à fort potentiel. Ces derniers bénéficieront d’un accompagnement technique et financier destiné à accélérer leur développement. Les candidats doivent exercer dans les filières retenues par le programme, notamment le cacao, le manioc, le maïs, le mil, le sorgho, le riz, l’anacarde, le coton-textile, le cuir et le bois.
Cette ambition se heurte toutefois aux contraintes quotidiennes des entreprises. Le coût de l’énergie, le renchérissement du crédit, la pression fiscale, l’accès limité aux équipements, le déficit de compétences et les coûts logistiques pèsent sur les charges de production. L’informalité limite également l’accès au financement et aux marchés. La sous-traitance industrielle reste peu développée, tandis que l’accès aux marchés publics et privés demeure difficile pour de nombreuses PME.
L’EUROPE COMME TEST GRANDEUR NATURE
Entré en vigueur le 4 août 2016, l’APE place cette question de la compétitivité au cœur des échanges. Le Cameroun bénéficie d’un accès au marché européen, qui compte parmi ses principaux débouchés et représente environ 40 % de ses parts de marché. Mais le dispositif a également un coût pour le Trésor public. Les pertes fiscales liées à la mise en œuvre de l’APE sont passées de 700 millions de FCFA en 2017 à 19,6 milliards de FCFA en 2025, soit 103,6 milliards de FCFA cumulés en dix ans.
L’Union européenne défend toutefois le bilan commercial de l’accord. Stéphane André, chef de la section commerciale de la Délégation de l’UE au Cameroun, estimait en août 2025 que l’APE avait permis au Cameroun d’enregistrer un excédent commercial avec l’Europe. « Cet excédent pourrait même être plus important » si le Cameroun améliorait son environnement des affaires et attirait davantage d’investissements européens, déclarait-il dans Cameroon Tribune.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
Dans cette logique, l’UE a proposé au Cameroun de négocier un Accord sur la facilitation des investissements durables (AFID), destiné à favoriser l’implantation d’investissements européens et la constitution d’une base industrielle plus solide.
VERS UN MARCHÉ RÉGIONAL
Pour Jean-Marc Châtaigner, le prochain enjeu dépasse le seul cadre camerounais. Lors de la quatrième édition de la Finance Week organisée par EcoMatin, le 30 avril 2026 à Yaoundé, le diplomate regrettait l’absence d’un APE couvrant l’ensemble des six États de la CEMAC. « Je regrette par exemple qu’il n’y ait qu’un accord de partenariat économique avec le Cameroun, et pas avec l’ensemble de la CEMAC », avait-il déclaré. Selon lui, un accord régional permettrait au Cameroun de mieux peser dans ses relations avec les partenaires européens.
Dix ans après l’entrée en vigueur de l’APE, la question n’est donc plus seulement celle de l’accès aux marchés. Elle porte aussi sur la capacité des entreprises camerounaises à produire à moindre coût, à respecter les normes, à innover et à livrer régulièrement. C’est sur ce terrain que les nouveaux instruments de coopération devront désormais faire leurs preuves.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 24/08/2026